{"id":9028,"date":"2024-05-04T21:34:41","date_gmt":"2024-05-04T19:34:41","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/?p=9028"},"modified":"2024-05-04T22:02:55","modified_gmt":"2024-05-04T20:02:55","slug":"notre-ami-jean-musy-sest-eteint-le-26-mai-2024","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/2024\/05\/04\/notre-ami-jean-musy-sest-eteint-le-26-mai-2024\/","title":{"rendered":"Notre ami Jean Musy s&#8217;est \u00e9teint le 26 avril 2024&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"Jean Musy (\u00e0 gauche) avec Claude Dejacques, en studio pour Yves Duteil aligncenter wp-image-8712 size-large\" style=\"border: 8px solid #fcfcfc;\" title=\"Jean Musy (\u00e0 gauche), avec Claude Dejacques en studio\" src=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/C.-Dejacques-et-J.-Musy-1-1024x722.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"564\" srcset=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/C.-Dejacques-et-J.-Musy-1-1024x722.jpg 1024w, https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/C.-Dejacques-et-J.-Musy-1-300x212.jpg 300w, https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/C.-Dejacques-et-J.-Musy-1-768x542.jpg 768w, https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/C.-Dejacques-et-J.-Musy-1.jpg 1527w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Jean nous a quitt\u00e9s le 26 avril 2024 dans l&#8217;apr\u00e8s-midi.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La c\u00e9r\u00e9monie de ses obs\u00e8ques s&#8217;est tenue le jeudi 3 mai\u00a0 en l&#8217;Eglise Sainte Marie des Batignolles, \u00e0 Paris.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il repose d\u00e9sormais \u00e0 l&#8217;endroit le plus paisible du cimeti\u00e8re de Levallois, sous un magnifique cerisier, \u00e0 quelques all\u00e9es de Maurice Ravel. En pr\u00eatant l&#8217;oreille et en ouvrant son coeur,\u00a0 je suis s\u00fbr qu&#8217;on y entend la petite musique de tout l&#8217;amour qu&#8217;il a sem\u00e9 au cours de sa vie&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Voici le texte de l&#8217;hommage que j&#8217;ai rendu \u00e0 Jean lors de la c\u00e9r\u00e9monie&#8230;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Yves<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mon Jean,<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J\u2019aimerais tant t\u2019\u00e9crire ici mon plus beau texte, pour remplir le vide immense que tu laisses dans nos c\u0153urs, et pour rendre hommage \u00e0 la d\u00e9mesure de la belle musique de ton amiti\u00e9\u2026 Travailler avec toi a \u00e9t\u00e9 un bonheur et plus encore, un honneur. \u00catre ton ami restera un des plus beaux cadeaux de toute notre vie \u00e0 No\u00eblle et moi.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Tr\u00e8s critique de ce temps, je revois ton sourire un peu d\u00e9sabus\u00e9, comme pour t\u2019excuser d\u2019\u00eatre en d\u00e9saccord avec ton \u00e9poque. Et sous l\u2019impressionnant pelage de ta barbe et de tes cheveux, per\u00e7ait toujours cet \u00e9clair de malice et de tendresse, la bont\u00e9 de ton regard et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de ta nature profonde.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Dans la douceur de ta musique, il y a bien plus que du son. Il y a une lumi\u00e8re magique, qui nous reste, plus vivante que jamais. Il fallait pour cela l\u2019humilit\u00e9 d\u2019un compositeur capable de retenir ses notes pour porter plus haut celles d\u2019un autre. En cela tes silences sont aussi beaux que tes accords. Donner l\u2019apparence de la simplicit\u00e9 c\u2019est tout un art\u2026 Sous le regard bienveillant de <a href=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/2023\/10\/30\/un-jour-une-chanson-un-ami-est-parti\/\">Claude Dejacques,<\/a> qui a senti d\u00e8s le d\u00e9but ce que nous pouvions nous apporter l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, ensemble nous avons travaill\u00e9 \u00e0 l\u2019instinct, \u00e0 la confiance, en grande complicit\u00e9, il y a toujours eu entre nous quelque chose de fraternel\u2026 Et quand tu arrivais au studio, en ayant tout juste termin\u00e9 dans le taxi l\u2019\u00e9criture d\u2019un quatuor, j\u2019aimais tant ton \u00e9criture de cordes que j\u2019allais me cacher, pour les \u00e9couter \u00ab\u00a0en vrai\u00a0\u00bb, tapi dans un coin du studio, et entendre jusqu\u2019au frottement de la colophane des archets sur les cordes des musiciens. De cette aventure hors du commun, il ne reste que de beaux souvenirs. Pour enregistrer <em>\u00ab\u00a0Le Temps s\u2019\u00e9crit sur ton visage\u00a0<\/em>\u00bb, nous avions une version guitare-voix et de belles cordes, mais il semblait manquer quelque chose. Une harpe. \u00c7a ne pouvait \u00eatre que <a href=\"http:\/\/lilylaskine.online.fr\/francais\/sa_vie\/sa_vie.htm\">Lily Laskine<\/a>\u2026 Dans la nuit tu as compos\u00e9 un contrechant de harpe, et la merveilleuse petite dame toute rid\u00e9e est arriv\u00e9e au studio le matin, ruisselante de pluie car elle s\u2019\u00e9tait tromp\u00e9e dans le m\u00e9tro et avait rat\u00e9 sa station\u2026 Elle a essay\u00e9 de jouer la partie de harpe que tu avais compos\u00e9e dans la nuit, mais rien n\u2019y faisait. Impossible pour elle de se caler sur ma prise de guitare-voix de la veille. <a href=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/2023\/10\/30\/un-jour-une-chanson-un-ami-est-parti\/\">Claude Dejacques<\/a> s\u2019illumine\u00a0: \u00ab\u00a0on devrait peut-\u00eatre ne lui envoyer que la guitare dans le casque, sans la voix, \u00e7a l\u2019aiderait sans doute \u00e0 mieux se caler\u2026 Et en effet, en une seule prise, la harpe \u00e9tait \u00ab\u00a0dans la bo\u00eete\u00a0\u00bb. Et Lily revient triomphante en cabine. \u00ab\u00a0\u00c9videmment dit-elle, le chanteur, lui, il interpr\u00e8te, il est lyrique, il vit sa chanson. Mais le guitariste, alors lui, il s\u2019en fout compl\u00e8tement, il joue son truc, \u00e7a lui passe compl\u00e8tement au-dessus de la t\u00eate\u2026\u00a0\u00bb. <\/strong><\/p>\n<p>&#8220;Le temps s&#8217;\u00e9crit sur ton visage&#8221; (Harpe, Lily Laskine)<\/p>\n<!--[if lt IE 9]><script>document.createElement('audio');<\/script><![endif]-->\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-9028-1\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/04_Le-temps-secrit-sur-ton-visage.mp3?_=1\" \/><a href=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/04_Le-temps-secrit-sur-ton-visage.mp3\">https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/04_Le-temps-secrit-sur-ton-visage.mp3<\/a><\/audio>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Nous avons aussi partag\u00e9 ce moment inoubliable de la \u00ab\u00a0premi\u00e8re\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0<em>La langue de chez nous<\/em>\u00a0\u00bb au Qu\u00e9bec\u2026 Une chanson encore inconnue dans la Belle Province et que nous n\u2019avions m\u00eame pas encore enregistr\u00e9e en France\u2026 Jean avait \u00e9crit un quatuor \u00e0 cordes pour cette tourn\u00e9e\u2026 Au dernier accord, un silence incroyable de la salle, puis une ovation, le public se l\u00e8ve, je suis p\u00e9trifi\u00e9 sur sc\u00e8ne, probablement la plus grande \u00e9motion de nos vies respectives, tant pour Jean que pour moi\u2026 <\/strong><\/p>\n<p>&#8220;La langue de chez nous&#8221; (version album studio ,1985, au piano, Jean Musy)<\/p>\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-9028-2\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/06-La-Langue-De-Chez-Nous.mp3?_=2\" \/><a href=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/06-La-Langue-De-Chez-Nous.mp3\">https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/06-La-Langue-De-Chez-Nous.mp3<\/a><\/audio>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Mais je ne voudrais pas que ton talent d\u2019arrangeur \u00e9clipse celui du compositeur. Tu laisses un patrimoine inestimable, et le M\u00e9tier ne s\u2019y est pas tromp\u00e9, en te d\u00e9cernant en 2016 le Grand Prix SACEM de la musique \u00e0 l\u2019image, devant toute la profession r\u00e9unie qui a vot\u00e9 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 pour toi autour de la grande table du Conseil de la Soci\u00e9t\u00e9 des Auteurs, des Compositeurs et des \u00c9diteurs. M\u00eame si tu as su donner \u00e0 la chanson fran\u00e7aise par tes arrangements subtils les couleurs d\u00e9licates de ton talent, l\u2019\u00e9motion de tes intuitions musicales a aussi rempli l\u2019espace de ce si\u00e8cle pass\u00e9 d\u2019une originalit\u00e9 sensible, d\u2019une \u00ab\u00a0patte sonore\u00a0\u00bb unique en ton genre\u2026 Tu voulais sortir de ton propre cadre, comme tu l\u2019as \u00e9crit toi-m\u00eame : \u00ab<em>\u00a0je pense qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire de transgresser ce que nous avions fabriqu\u00e9 pendant presque dix ann\u00e9es\u00a0<\/em>\u00bb. Nous partagions ce m\u00eame souci de ne pas marcher sur nos propres sentiers battus, de ne jamais devenir les gardiens de notre propre mus\u00e9e, et c\u2019est m\u00eame un peu cela, je l\u2019ai compris sous ta plume, qui nous a un peu \u00e9loign\u00e9s apr\u00e8s cette extraordinaire collaboration sans faille\u2026 \u00a0Tu as toujours sous-estim\u00e9 la valeur de ton parcours. \u00c9prouver un sentiment d\u2019\u00e9chec en regard d\u2019une telle r\u00e9ussite est un paradoxe que j\u2019ai toujours essay\u00e9 d\u2019arracher \u00e0 ta conscience pour te montrer la place de choix que tu occupes au Panth\u00e9on de tes pairs. Et depuis la seconde o\u00f9 la vie nous a \u00e9loign\u00e9s, tu n\u2019as cess\u00e9 de me manquer. Tu es pour No\u00eblle et pour moi une rencontre capitale. Tu es rest\u00e9 \u00e0 jamais mon fr\u00e8re. Et pas que de musique\u2026 <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ta spiritualit\u00e9 nous a boulevers\u00e9s, ta foi nous a \u00e9mus. Et ta d\u00e9tresse a \u00e9t\u00e9 autant d\u2019occasions pour nous de te redire notre estime, notre admiration et notre tendresse\u2026 <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Je pense \u00e0 tes enfants, \u00e0 tes proches, \u00e0 tous ceux \u00e0 qui tu vas tellement manquer\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Mon Jean,<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Si l\u2019on devait faire le portrait du bonheur, il aurait parfois le visage du chagrin, et la qui\u00e9tude bienveillante de ceux qui nous ont quitt\u00e9s mais qui veillent sur nous tendrement. C\u2019est une image apaisante pour s\u2019endormir, pour s\u2019orienter, ou se perdre dans leur sourire. Il y a un peu d\u2019infini dans cet amour-l\u00e0. Ceux qui nous manquent semblent si sereins, si proches, comme en apesanteur\u2026 Est-ce qu\u2019ils trouvent en nous leur chemin vers ailleurs\u00a0? Alors les vivants deviendraient la maison de ceux qui les ont aim\u00e9s. Et si un jour ils n\u2019existent plus pour personne, auront-ils vraiment disparu\u00a0? Se sentir aim\u00e9 de son vivant, c\u2019est savoir qu\u2019il existe quelque part un apr\u00e8s, un moyen de poursuivre la route ensemble. L\u2019absence n\u2019est pas qu\u2019un vide. C\u2019est aussi de l\u2019amour qui nous accompagne. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Servir encore, \u00eatre utiles \u00e0 quelqu\u2019un\u2026 Un beau destin pour nos absents\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ta musique est l\u00e0, au fond de nous\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8220;Il a ferm\u00e9 sa vie comme un livre d&#8217;images<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sur les mots les plus doux qui se soient jamais dits<\/strong><\/p>\n<p><strong>Lui qui croyait l&#8217;amour perdu dans les nuages<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il l&#8217;a red\u00e9couvert au creux du dernier lit<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Et riche d&#8217;un sourire au terme du voyage<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il a quitt\u00e9 son corps comme on quitte un ami<\/strong><\/p>\n<p><strong>En emportant la paix, grav\u00e9e sur son visage<\/strong><\/p>\n<p><strong>En nous laissant \u00e0 l&#8217;\u00e2me une peine infinie.&#8221;<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0 (&#8220;A ma m\u00e8re&#8221;, version pour Jean, telle que je l&#8217;ai chant\u00e9e \u00e0 capella\u00a0 en l&#8217;Eglise Sainte Marie des Batignolles)<\/em><\/p>\n<p><strong>Yves et No\u00eblle<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>La\u00a0 SACEM a consacr\u00e9 un tr\u00e8s bel hommage \u00e0 Jean Musy : le voici&#8230;<\/strong><\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\"  id=\"_ytid_87148\"  width=\"800\" height=\"450\"  data-origwidth=\"800\" data-origheight=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/tBuUqg28kzU?enablejsapi=1&#038;autoplay=0&#038;cc_load_policy=0&#038;cc_lang_pref=&#038;iv_load_policy=1&#038;loop=0&#038;rel=1&#038;fs=1&#038;playsinline=0&#038;autohide=2&#038;theme=dark&#038;color=red&#038;controls=1&#038;disablekb=0&#038;\" class=\"__youtube_prefs__  epyt-is-override  no-lazyload\" title=\"YouTube player\"  allow=\"fullscreen; accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen data-no-lazy=\"1\" data-skipgform_ajax_framebjll=\"\"><\/iframe><\/p>\n<p><em><strong>\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #ff0000; text-decoration: underline;\"><strong>\u00a0Jean a accord\u00e9 \u00e0 Bruno Tummers (coordinateur culturel RTBF et chroniqueur VivaCit\u00e9) un entretien \u00e0 l&#8217;occasion de la publication du coffret &#8220;Chemin d&#8217;\u00e9criture&#8221; (Int\u00e9grale des chansons 16 CD) <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<div class=\"css-175oi2r r-1adg3ll r-6gpygo\">\n<div class=\"css-175oi2r\">\n<div class=\"css-1rynq56 r-bcqeeo r-qvutc0 r-37j5jr r-a023e6 r-rjixqe r-16dba41\" dir=\"auto\" data-testid=\"UserDescription\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><strong><u><span style=\"color: #ff0000;\">Voici le texte de cet \u00e9mouvant t\u00e9moignage, qui figure sur le livret (&#8220;Regards&#8221;) de cette int\u00e9grale :<\/span><br \/>\n<\/u><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/mDLyLYB3_400x400.jpg\" rel=\"lightbox[9028]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-9048\" style=\"border: 8px solid #fafafa;\" title=\"Bruno Tummers, coordinateur culturel et chroniqueur (RTBF, VivaCit\u00e9) sp\u00e9cialiste chanson francophone\" src=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/mDLyLYB3_400x400.jpg\" alt=\"\" width=\"240\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/mDLyLYB3_400x400.jpg 400w, https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/mDLyLYB3_400x400-300x300.jpg 300w, https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/mDLyLYB3_400x400-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 240px) 100vw, 240px\" \/><\/a><strong>Entretien avec Jean Musy :<\/strong><\/p>\n<p><strong>Jean Musy est l&#8217;arrangeur de la totalit\u00e9 des albums d&#8217;Yves entre 1977 (<em>Tarentelle<\/em>) et 1985 (La\u00a0 <em>langue de chez nous<\/em>). <\/strong><\/p>\n<p><strong>Votre premi\u00e8re collaboration musicale, <em>Marie merveille, Marie bonheur<\/em>, est un 45 tours qui\u00a0 sort en 1974, vous souvenez-vous des circonstances de votre rencontre ? <\/strong><\/p>\n<p>Nous nous sommes rencontr\u00e9s bien avant qu&#8217;Yves ne rentre chez Path\u00e9-Marconi et que je ne fasse ce m\u00e9tier d&#8217;arrangeur. Je devais avoir seize ou dix-sept ans, nous avions sympathis\u00e9 \u00e0 la maison des jeunes de Chatou, en jouant du piano \u00e0 quatre mains. Il y a des gens comme \u00e7a, on sait tout de suite qu&#8217;on les aime bien\u2026<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es passent et, un jour, Claude Dejacques, le directeur artistique de la firme de disques Path\u00e9, m&#8217;appelle pour travailler avec Yves et c&#8217;est comme \u00e7a que l&#8217;on s&#8217;est retrouv\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Comment travailliez-vous ensemble ? <\/strong><\/p>\n<p>De fa\u00e7on diff\u00e9rente des autres artistes pour lesquels je travaillais. Yves aimait nous pr\u00e9senter ses chansons \u00e0 la guitare, \u00e0 Claude et moi, et guetter nos r\u00e9actions. Sans rentrer dans les d\u00e9tails, les\u00a0 mots qu\u2019employaient Yves et Claude, m\u00eal\u00e9s \u00e0 ma propre perception, m\u2019impr\u00e9gnaient tr\u00e8s vite de\u00a0 l\u2019ambiance musicale vers laquelle je devais me diriger. Il me donnait alors la cassette de toutes les\u00a0 chansons entendues au cours de notre apr\u00e8s-midi et je rentrais chez moi pour \u00e9crire les\u00a0 orchestrations.<\/p>\n<p>Yves d\u00e9couvrait mon travail au studio, et je pense qu\u2019il savait \u00e0 l\u2019avance ce que j\u2019avais \u00e9crit car\u00a0 mon travail \u00e9tait rarement modifi\u00e9. On travaillait \u00e0 l&#8217;instinct, \u00e0 la confiance, en grande\u00a0 complicit\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a toujours eu entre nous quelque chose de fraternel et, m\u00eame si on se voyait rarement, je crois\u00a0 bien que, sans se parler beaucoup, la musique nous reliait.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi \u00eates-vous s\u00e9duit par son univers, vous qui aviez d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 pour Joe Dassin ou\u00a0 Barbara ? <\/strong><\/p>\n<p>Yves est un magnifique auteur. Ses textes sont de vrais chefs-d&#8217;\u0153uvre. Son talent est dans sa nature\u00a0 m\u00eame, bien entendu, mais c&#8217;est aussi un travailleur, un artisan qui peaufine ses paroles et ses\u00a0 musiques. Vis \u00e0 vis du public, chaque d\u00e9tail devait le satisfaire enti\u00e8rement. La confiance qu&#8217;il m\u2019offrait, je la vivais comme un honneur.<\/p>\n<p>Lorsque je terminais un album avec lui, c&#8217;\u00e9tait compliqu\u00e9 pour moi de travailler pour d\u2019autres\u00a0 artistes qui n\u2019avaient pas toujours ce d\u00e9sir de pr\u00e9f\u00e9rer le beau \u00e0 l\u2019efficace\u2026 Alors que les deux peuvent pourtant se marier avec beaucoup d\u2019amour.<\/p>\n<p><strong>Vous signez les arrangements de plusieurs titres du 1er album, <em>L&#8217;\u00e9critoire<\/em>, puis la totalit\u00e9 de\u00a0 ceux de l&#8217;album <em>Tarentelle <\/em>qui est un immense succ\u00e8s, comment Yves l&#8217;a-t-il v\u00e9cu? <\/strong><\/p>\n<p>Yves est tr\u00e8s heureux et fier de sa carri\u00e8re, mais il n\u2019est pas pr\u00e9tentieux. Il a toutes les raisons d\u2019\u00eatre\u00a0 fier de sa r\u00e9ussite. Il n\u2019a jamais fait de concession, ni aux modes ni aux courants de pens\u00e9es \u00ab qu\u2019il faut avoir pour \u00eatre bien vu \u00bb\u2026 C\u2019est un homme libre. J\u2019ai un peu connu Georges Brassens et la popularit\u00e9 et le succ\u00e8s lui passaient aussi au-dessus de la t\u00eate, m\u00eame s\u2019il en \u00e9tait heureux\u2026<\/p>\n<p>Heureux mais surpris car rien n\u2019avait influenc\u00e9 ses pens\u00e9es ou sa direction artistique. Yves est de cette trempe et c\u2019est pour cela qu\u2019il a r\u00e9ussi sa vie et qu\u2019il peut vous regarder dans les yeux\u2026<\/p>\n<p><strong>Lorsque vous construisiez un album ensemble, certains titres \u00e9taient-ils abandonn\u00e9s en cours\u00a0 de route ? Il ne semble exister aucun fond de tiroir, aucun in\u00e9dit dans ces ann\u00e9es-l\u00e0&#8230; ? <\/strong><\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas le souvenir de chansons qu&#8217;on ait abandonn\u00e9es. Il y a des chansons que j&#8217;aimais ou\u00a0 ressentais moins et je le lui disais. Dans ce cas-l\u00e0, j&#8217;avais quand-m\u00eame envie de l&#8217;aider \u00e0 aller plus\u00a0 loin, ou \u00e0 compl\u00e9ter des choses qui, en toute modestie, me semblaient manquer. Lorsque vous avez affaire \u00e0 un sculpteur sur bois cherchant la perfection, si on est un peu moins touch\u00e9 par telle ou telle \u0153uvre, on est malgr\u00e9 tout infiniment respectueux du travail effectu\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s <em>Tarentelle<\/em>, vous avez travaill\u00e9 ensemble quatre autres albums, avec un plaisir toujours\u00a0 renouvel\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p>Oh oui&#8230; notamment <em>La langue de chez nous <\/em>qui me bouleverse toujours autant\u2026 Je pleure quand je\u00a0 l&#8217;entends. C&#8217;est l&#8217;un des plus beaux textes que j&#8217;ai entendu de ma vie, il honore \u00e0 la perfection notre\u00a0 langue. Cette chanson devrait \u00eatre apprise par c\u0153ur d\u00e8s la petite enfance, les g\u00e9n\u00e9rations futures\u00a0 seraient peut-\u00eatre un peu plus respectueuses de l\u2019histoire de notre langue et de notre Nation.<br \/>\nDe temps en temps, je rencontre des choristes qui ont particip\u00e9 \u00e0 la s\u00e9ance d&#8217;enregistrement, ils m&#8217;en\u00a0 parlent encore. Cette s\u00e9ance est ineffa\u00e7able pour nous, tellement nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e9mus.<br \/>\nJ&#8217;\u00e9tais avec Yves lorsque, pour la premi\u00e8re fois, il a chant\u00e9 cette chanson au Qu\u00e9bec. Il a d\u00fb l\u2019interpr\u00e9ter \u00e0 cinq ou six reprises, le public chantait en pleurant un texte qu\u2019il ne connaissait pas avant d\u2019entrer dans la salle de concert\u2026 C\u2019est l\u2019un des plus beaux souvenirs de ma vie.<\/p>\n<p><strong>Etes-vous conscient que vous avez \u00ab fabriqu\u00e9 \u00bb le son Duteil ? <\/strong><\/p>\n<p>Mon Dieu ! Non, je n&#8217;ai pas cette pr\u00e9tention, ce sont ses chansons qui m&#8217;ont inspir\u00e9. Nous \u00e9tions\u00a0 peut-\u00eatre faits pour nous rencontrer, ses chansons et moi.<\/p>\n<p>J\u2019adorais ses textes et leurs m\u00e9lodies. Yves aimait sans doute mes silences. Dans toutes mes\u00a0 musiques, depuis que j\u2019\u00e9cris, le silence est tr\u00e8s important. On me l\u2019a souvent reproch\u00e9, mais Yves jamais !<\/p>\n<p><strong>Vous avez pourtant une patte. Vos arrangements sont port\u00e9s par des instruments acoustiques,\u00a0 sans aucun son synth\u00e9tique.. <\/strong><\/p>\n<p>Je cherchais \u00e0 faire des arrangements discrets et minimalistes. Par exemple, je n&#8217;ai jamais \u00e9t\u00e9 un grand amoureux de la batterie dans mes orchestrations. J\u2019ai toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la remplacer par des percussions, plus l\u00e9g\u00e8res.<br \/>\nLes synth\u00e9s, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, avaient un son d\u00e9gueulasse. Je n&#8217;aimais pas \u00e7a. Aujourd&#8217;hui, tout \u00e7a a quand m\u00eame un peu chang\u00e9. Quoique\u2026\u00a0 Un instrument enregistr\u00e9 avec un micro et jou\u00e9 par un vrai musicien, c\u2019est quand m\u00eame autre chose.<\/p>\n<p>C&#8217;est exact que, dans mes arrangements pour Yves, je ne mettais rien de moderne. Je continue ainsi dans ma propre production.<\/p>\n<p><strong>Vous qui pouvez la d\u00e9cortiquer, quelles sont les caract\u00e9ristiques des musiques d&#8217;Yves ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Yves compose \u00e0 la fois au piano et \u00e0 la guitare. On ne le mentionne jamais assez mais Yves est un\u00a0 tr\u00e8s grand guitariste et travaille minutieusement la fa\u00e7on de s&#8217;accompagner. Il me semble qu\u2019en dehors de lui, il n\u2019y a jamais eu un seul guitariste lors de nos s\u00e9ances. Par contre, je jouais les pianos. Au moment de notre collaboration, j&#8217;\u00e9tais un peu meilleur que lui.<\/p>\n<p>Ses chansons au piano sont donc un peu plus simples harmoniquement. Alors qu&#8217;\u00e0 la guitare, Yves\u00a0 se permet des choses harmoniques tr\u00e8s subtiles.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, ses m\u00e9lodies et harmonisations sont beaucoup plus compliqu\u00e9es qu&#8217;elles ne le paraissent. Donner l&#8217;apparence de la simplicit\u00e9, c&#8217;est tout un art. Les chansons de Brassens semblent faciles, mais si vous les diss\u00e9quez, vous \u00eates loin du \u00ab simplisme \u00bb de la vari\u00e9t\u00e9 traditionnelle. Yves a le m\u00eame talent. Ses musiques sont fluides et semblent parfois un peu \u00ab innocentes \u00bb, d\u00e9trompez-vous ! Ce sont de gentils petits pi\u00e8ges o\u00f9 il est passionnant de se faufiler\u2026<\/p>\n<p><strong>A la fin des ann\u00e9es 80, Yves Duteil fait \u00e9voluer son univers musical, il va alors travailler avec\u00a0 d&#8217;autres arrangeurs, ce fut un d\u00e9chirement pour vous ? <\/strong><\/p>\n<p>Il fallait le faire. Je ne mens pas en vous disant que nous l&#8217;avons convenu d&#8217;une fa\u00e7on simple. A\u00a0 cette \u00e9poque, je commence \u00e0 composer beaucoup de musiques de films et je ne voulais plus\u00a0 travailler sur la musique des autres. Par amiti\u00e9, j&#8217;ai un peu continu\u00e9 avec Yves mais je lui disais qu&#8217;il fallait \u00e9voluer. Pour ma part, j\u2019en \u00e9tais incapable, peut-\u00eatre trop respectueux de sa cr\u00e9ation.\u00a0 Je pense qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire de transgresser ce qu&#8217;on avait fabriqu\u00e9 pendant presque dix ann\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>On vous retrouve quand-m\u00eame sur sa route \u00e0 la fin de la d\u00e9cennie 90, puisque vous signez\u00a0 l&#8217;habillage de <em>Lorsque j&#8217;\u00e9tais dauphin <\/em>et <em>Un ami est parti<\/em>, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 son directeur artistique\u00a0 Claude Dejacques. <\/strong><\/p>\n<p>Oui, mais je ne suis pas tr\u00e8s heureux de mon travail. On n&#8217;a pas travaill\u00e9 dans les m\u00eames conditions,\u00a0 avec la m\u00eame \u00e9quipe.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas un mauvais souvenir mais j\u2019aurais d\u00fb mieux faire\u2026<\/p>\n<p><strong>Qu&#8217;avez-vous envie de dire \u00e0 Yves ? Apr\u00e8s ce chemin commun qui a dur\u00e9 une dizaine\u00a0 d&#8217;ann\u00e9es ? <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est mon fr\u00e8re. Il m&#8217;a fait \u00e9voluer. Il a modifi\u00e9 mes \u00ab \u00e0 priori \u00bb sur certaines donn\u00e9es de la vie, de la\u00a0 soci\u00e9t\u00e9. Sans le chercher, sans le savoir, sans m\u00eame en avoir jamais discut\u00e9 avec lui, il m&#8217;a offert un\u00a0 peu de son regard, plus \u00e9clair\u00e9.<\/p>\n<p>La tendresse et les mots qu&#8217;il a pour son \u00e9pouse m&#8217;ont fait un bien fou. J\u2019aurais \u00e9t\u00e9 un Prince si\u00a0 j\u2019avais su \u00e9crire pour l\u2019Amour de ma vie le chef-d\u2019\u0153uvre qu\u2019est <em>Le temps s&#8217;\u00e9crit sur ton visage<\/em>\u2026 Lui a su \u00e9crire \u00e0 No\u00eblle:<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Le temps s\u2019\u00e9crit sur ton visage, mais ne sois pas triste pourtant<\/em><\/p>\n<p><em>Toi qui voudrais m&#8217;offrir l&#8217;image de tes vingt ans<\/em><\/p>\n<p><em>Le temps s\u2019\u00e9crit bien davantage sur les visages indiff\u00e9rents<\/em><\/p>\n<p><em>Ton bonheur est mon paysage \u00e0 chaque instant\u2026<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ses mots me bouleversent encore davantage qu\u2019il y a cinquante ans\u2026 Aujourd\u2019hui, je suis assez effray\u00e9 par la vie, par les autres et le monde\u2026 Lui m\u2019apaise et me rassure. Yves est une rencontre capitale dans ma vie, et pas seulement dans ma vie de musicien.<\/p>\n<p>Propos recueillis le 17 janvier 2023 par Bruno Tummers.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean nous a quitt\u00e9s le 26 avril 2024 dans l&#8217;apr\u00e8s-midi. 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