{"id":6417,"date":"2020-11-24T10:59:12","date_gmt":"2020-11-24T09:59:12","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/?p=6417"},"modified":"2020-11-24T10:59:13","modified_gmt":"2020-11-24T09:59:13","slug":"bouillon-de-culture-et-pandemie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/2020\/11\/24\/bouillon-de-culture-et-pandemie\/","title":{"rendered":"Bouillon de Culture et pand\u00e9mie&#8230;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/St-Hyacinthe-17319.jpg\" rel=\"lightbox[6417]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-6418\" style=\"border: 8px solid #fefefe;\" title=\"La salle de concert silencieuse...\" src=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/St-Hyacinthe-17319.jpg\" alt=\"\" width=\"667\" height=\"443\" srcset=\"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/St-Hyacinthe-17319.jpg 960w, https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/St-Hyacinthe-17319-300x199.jpg 300w, https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/St-Hyacinthe-17319-768x510.jpg 768w, https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/St-Hyacinthe-17319-120x80.jpg 120w, https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/St-Hyacinthe-17319-255x170.jpg 255w, https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/St-Hyacinthe-17319-345x230.jpg 345w\" sizes=\"auto, (max-width: 667px) 100vw, 667px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pand\u00e9mie de la Covid-19 r\u00e9v\u00e8le, en creux, l\u2019importance capitale de la culture dans nos vies. L\u2019arr\u00eat complet des rencontres entre les cr\u00e9ateurs et leurs publics a mis en \u00e9vidence les effets singuliers de ce manque, qui perturbe jusqu\u2019\u00e0 l\u2019immunit\u00e9 physique que nous conf\u00e8rent ces \u00e9changes en temps <em>normal<\/em>. Les artistes, qui n\u2019ont pas m\u00e9nag\u00e9 leurs efforts pour apprivoiser ce vide en produisant des rendez-vous virtuels, en chansons \u00ab confin\u00e9es \u00bb, en concerts Facebook ou en transformant leurs balcons en sc\u00e8nes improbables, ont \u00e9t\u00e9 recouverts d\u2019une cape d\u2019invisibilit\u00e9, laiss\u00e9s \u00ab sans assistance \u00e0 culture en danger \u00bb. Plus de concerts, plus de \u00ab pr\u00e9sentiel \u00bb, mais au-del\u00e0, nulle perspective ni vision \u00e0 moyen ou \u00e0 long terme, n\u2019est venue prendre en compte ce secteur, essentiel en termes d\u2019\u00e9conomie, vital en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique. Contrairement \u00e0 l\u2019adage en l\u2019occurrence, ce qui ne nous tue pas nous rend plus vuln\u00e9rables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La culture n\u2019est pas immortelle. Assujettie \u00e0 un \u00e9quilibre \u00e9conomique entre production et partage, elle pourrait ne pas survivre au silence, \u00e0 l\u2019ass\u00e8chement de ses ressources, comme on a vu s\u2019\u00e9teindre les hauts fourneaux de Lorraine, ou dispara\u00eetre les mines de charbon du Nord.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Dans la grande cha\u00eene de la vie, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il faut toujours quelques perdants\u2026\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais dans la chanson de Raymond Levesque, c\u2019\u00e9tait <em>Pour qu\u2019il y ait un meilleur temps\u2026<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les arbitrages financiers de cette crise ne combleront pas le gouffre de ce n\u00e9ant culturel. Il faut sauver les r\u00eaveurs, les fous chantants, ceux qui rendent supportable la souffrance du quotidien en nous ouvrant l\u2019infini de leur imaginaire ou la symphonie fantastique de leur g\u00e9nie. Aucune compensation ne viendra remplacer l\u2019album qui ne verra pas le jour, le studio vide, le film avort\u00e9 ou la salle de concert silencieuse\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne s\u2019agit pas seulement de rendre le r\u00eave et l\u2019\u00e9vasion \u00e0 un public en manque de divertissement, c\u2019est toute la machinerie de ce r\u00eave, et sa source m\u00eame, que le danger menace. Si ces rouages s\u2019arr\u00eatent, le grain de sable de ce virus peut bloquer tout l\u2019engrenage et ass\u00e9cher tout l\u2019organisme de la cr\u00e9ation artistique. Nous allons devoir vivre longtemps avec ce risque sanitaire. Mais les structures du spectacle vivant ne sont pas adapt\u00e9es \u00e0 cette situation, en passe de se p\u00e9renniser ou de redevenir d\u2019actualit\u00e9 si une nouvelle vague du m\u00eame type survenait \u00e0 l\u2019avenir\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019\u00e9prouve, au-del\u00e0 de l\u2019incertitude partag\u00e9e par tous, une sourde col\u00e8re devant ce m\u00e9pris pour le monde artistique. Oubli\u00e9s de la pand\u00e9mie, les artistes sont en train de s\u2019\u00e9teindre. Quand on sort d\u2019un beau concert, on se sent plus fort, rempli de lumi\u00e8re, plus riche d\u2019une esp\u00e9rance nouvelle. Plus fort aussi devant l\u2019adversit\u00e9. Notre hygi\u00e8ne mentale est une force de r\u00e9sistance face \u00e0 la maladie, une contribution \u00e0 l\u2019immunit\u00e9 collective. Les artistes, souvent pr\u00e9curseurs des aspirations de demain, leurs antennes vibrantes \u00e0 l\u2019\u00e9coute des signaux faibles de l\u2019espoir et des nouveaux partages \u00e0 construire, portent vers la lumi\u00e8re le murmure assourdissant de nos r\u00e9voltes, lancent des cris d\u2019alerte pour \u00e9veiller les consciences assoupies, pour conjuguer l\u2019imparfait au futur. Des saltimbanques ont fait jaillir le jazz, le rap, le cubisme, \u00e9merger des\u00a0 projets innovants, oser, transgresser, s\u2019offrir en partage, habiller une r\u00e9volution de chansons complices pour traverser des dictatures ou renverser la table. La beaut\u00e9 a son mot \u00e0 dire face aux laideurs du monde\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce d\u00e9ferlement d\u2019essentiels, on ne voit que des saltimbanques en mal de sc\u00e8ne, r\u00e9duits \u00e0 tenter d\u2019exister sur le rideau lisse et plat d\u2019un \u00e9cran d\u2019ordinateur. La production d\u2019un album, le tournage d\u2019un film, exigent des mois de pr\u00e9paration, l\u2019engagement financier d\u2019une tourn\u00e9e de plusieurs dizaines de concert pour un seul artiste ne peut se r\u00e9duire \u00e0 la promesse d\u2019une compensation post-production : aucun producteur, aucune salle, aucun artiste ne peut avancer les fonds n\u00e9cessaires, et survivre \u00e0 une telle logique. Nos professions sont \u00e0 l\u2019arr\u00eat pour longtemps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cr\u00e9ation artistique en France, induit un million deux cent mille emplois, et brasse le double des revenus de l\u2019industrie automobile. Ch\u00f4mage, manque \u00e0 gagner, risque de fermetures en cascades, ce cocktail, habituellement, fait descendre les protagonistes dans la rue. Mais\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sur une mer imaginaire, loin de la rive&#8230;<br \/>\nL&#8217;artiste en qu\u00eate d&#8217;absolu, joue les naufrag\u00e9s volontaires&#8230;<br \/>\nIl est l\u00e0 debout sur une planche qui oscille sur la mer.<br \/>\nLa mer est houleuse et la planche est pourrie.<br \/>\nIl manque de chavirer \u00e0 chaque instant.<br \/>\nIl est vert de peur et il crie :<br \/>\n&#8220;C&#8217;est merveilleux !<br \/>\nC&#8217;est le plus beau m\u00e9tier du monde !&#8221; <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>(Raymond Devos, &#8220;L&#8217;Artiste&#8221;)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pand\u00e9mie de la Covid-19 r\u00e9v\u00e8le, en creux, l\u2019importance capitale de la culture dans nos vies. 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