{"id":12,"date":"2007-05-18T00:00:57","date_gmt":"2007-05-17T23:00:57","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/2007\/05\/18\/mon-cher-metier\/"},"modified":"2007-05-22T07:55:13","modified_gmt":"2007-05-22T06:55:13","slug":"mon-cher-metier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/2007\/05\/18\/mon-cher-metier\/","title":{"rendered":"Mon cher M\u00e9tier,"},"content":{"rendered":"<p>Sur les sillons grav\u00e9s de tes jardins secrets, m\u00fbrissent les plus beaux fruits de mon verger, et le diamant qui les recueille est ma pierre la plus pr\u00e9cieuse. Lequel de nous deux a choisi l\u2019autre, je ne saurais le dire, mais c\u2019\u00e9tait une adoption pleini\u00e8re, o\u00f9 j\u2019ai pos\u00e9 mon c\u0153ur sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me entre tes bras de platine, en musique, en vers, et contre tout\u2026 Il m\u2019a fallu bien du temps pour ouvrir ta route \u00e0 mes chansons, sans boussole, \u00e0 travers le brouillard des \u00e9tudes, pour avancer entre la peur de mes parents pour mon avenir, et ces rimes qui n\u2019en finissaient pas de prendre le pas sur la raison\u2026Mais ce long chemin a \u00e9t\u00e9 un apprentissage n\u00e9cessaire. Pour \u00e9crire et composer, il faut apprivoiser l\u2019oiseau en cage dans notre t\u00eate, lui voler sa plus belle plume, et lui rendre sa libert\u00e9. Alors seulement, il chante de toute son \u00e2me. Entretemps, on fait toutes les belles et les mauvaises rencontres, on se d\u00e9couvre des ma\u00eetres et parfois des contrema\u00eetres, on prend mieux la mesure de ce qui nous est donn\u00e9 en naissant, et de ce qui nous reste \u00e0 acqu\u00e9rir, pour \u00e9laguer sans cesse, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9pure. Car une chanson s\u2019\u00e9crit davantage \u00e0 la gomme qu\u2019au crayon, et sur la sc\u00e8ne, l\u2019exp\u00e9rience consiste souvent \u00e0 se d\u00e9pouiller de tout l\u2019artifice pour ne garder que l\u2019\u00e9motion la plus authentique, la plus sinc\u00e8re. Ta ligne droite serpente entre ces deux moments de v\u00e9rit\u00e9, l\u2019\u00e9criture et le concert. Le reste aussi est important bien s\u00fbr, mais tout l\u2019essentiel est l\u00e0. Mon beau m\u00e9tier, comme je t\u2019aime quand je tiens le mot juste, quand je groove sur ta musique, quand les c\u0153urs s\u2019ouvrent dans le noir\u2026 Je donnerais tout pour l\u2019instant magique du point final, comme vol\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9, et je ressens comme un privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre encore fid\u00e8le au r\u00eave de mes quinze ans\u2026 Comme la plupart d\u2019entre nous, j\u2019ai connu la peur, la page blanche, le d\u00e9couragement, l\u2019\u00e9chec et la d\u00e9rision. Mais il y a toujours une voix au dessus des autres, une voix douce et ferme, qui souffle le vrai, sur l\u2019oc\u00e9an de mes bonnes excuses, pour renouer le fil des mots sur le m\u00e9tier \u00e0 tisser la musique : No\u00eblle. Tisseuse de bonne aventure, elle m\u2019a enseign\u00e9 par l\u2019exemple \u00e0 ne plus redouter le silence, mais \u00e0 l\u2019\u00e9couter. C\u2019est de lui que na\u00eet l\u2019inspiration, il est l\u2019\u00e9crin de nos pens\u00e9es, de nos reflexions, de nos r\u00eaves, et l\u2019avant-premi\u00e8re de chacune de mes chansons. Tu n\u2019es pas un m\u00e9tier comme les autres. Aucune pancarte ne balise tes itin\u00e9raires, aucun dipl\u00f4me ne sanctionne tes \u00e9tudes de Bach plus dix, pas un titre ne dessine l\u2019horizon d\u2019une carri\u00e8re, nul concours ne permet d\u2019entrer dans le public\u2026 Seul un instinct f\u00e9roce et une lucidit\u00e9 parfaite permettent de rester soi-m\u00eame face aux experts qui fauchent le talent \u00e0 l\u2019instant de le cueillir. Depuis que le directeur artistique a laiss\u00e9 sa place au directeur financier dans les couloirs des studios d\u2019enregistrement, tes actions sont en baisse vertigineuse, tes maisons de disques fondent autant qu\u2019elles fusionnent, copient des disques plus qu\u2019elles n\u2019en pressent, fabriquent des artistes davantage qu\u2019elles n\u2019en d\u00e9couvrent. Chacun suit sa ligne, fid\u00e8le aux annonceurs qui demandent de l\u2019audience. Au bout de la cha\u00eene alimentaire, la radio radiote, cal\u00e9e sur la fr\u00e9quence de nos ondes beta. La chanson red\u00e9couvre tes lettres de noblesse en compilant le pass\u00e9. La t\u00e9l\u00e9vision, qui affiche la bonne sant\u00e9 d\u2019une mer \u00e9tale sur \u00e9cran plat, d\u00e9croche tes futures \u00e9toiles filantes au Michelin des Relais et Ch\u00e2teaux, entre quatre murs de verre, pour d\u00e9biter leur v\u00e9ritable histoire sur nos cartes bancaires.<\/p>\n<p>J\u2019ai eu la chance d\u2019atteindre l\u2019oreille du public avant que le pont levis ne se l\u00e8ve sur ce huis-clos inond\u00e9 de lumi\u00e8re, d\u2019argent et de plaqu\u00e9 or, que je n\u2019arrive pas \u00e0 confondre avec toi, mon cher m\u00e9tier, o\u00f9 six cordes de guitare et quatre mots suffisent \u00e0 faire battre les c\u0153urs pour toujours.<\/p>\n<p>Et loin de l\u2019agitation f\u00e9brile qui nous \u00e9tourdit de musique jusque dans les parkings, les boutiques, les gares, les a\u00e9roports, les ascenseurs, les attentes t\u00e9l\u00e9phoniques et les sonneries de nos portables, je t\u2019adresse cette simple lettre, pour te remercier de m\u2019avoir offert depuis plus de trente ans, le privil\u00e8ge de pr\u00e9server ma libert\u00e9 d\u2019\u00e9crire, de produire, d\u2019\u00e9diter et de chanter selon mon c\u0153ur. Entre nous, c\u2019est \u00e0 la vie, \u00e0 l\u2019amour. Sentir le public \u00ab embarquer \u00bb, trouver le tempo parfait et s\u2019y maintenir ensemble avec les musiciens jusqu\u2019au bout du morceau, sans m\u00e9tronome, sans prompteur, sans s\u00e9quence pr\u00e9r\u00e9gl\u00e9e, juste par la magie de l\u2019\u00e9motion partag\u00e9e, recevoir en retour des mots la vague de tendresse qui nous embrume les yeux sur la sc\u00e8ne, c\u2019est \u00e0 chaque fois te b\u00e9nir de m\u2019avoir choisi parmi tant d\u2019autres pour \u00eatre \u00e0 ma place, m\u2019avoir ouvert le c\u0153ur \u00e0 tous ces inconnus, et me sentir chez moi parmi eux, comme au sein d\u2019une famille. J\u2019ai re\u00e7u de ta part, en terme de carri\u00e8re, infiniment plus que je n\u2019aurais os\u00e9 seulement r\u00eaver quand je t\u2019ai rencontr\u00e9. L\u2019affection discr\u00e8te et pudique du public, la reconnaissance de mes pairs, auteurs, compositeurs et \u00e9diteurs, le respect de la profession, le grand bouquet de ces r\u00e9compenses officielles qu\u2019on ne demande pas, qu\u2019on ne refuse pas et que l\u2019on ne porte pas, mais que j\u2019ai pu d\u00e9dier \u00e0 mon p\u00e8re avant qu\u2019il ne nous quitte, et le miracle d\u2019\u00eatre toujours pr\u00e9sent par-del\u00e0 les g\u00e9n\u00e9rations dans l\u2019amiti\u00e9 d\u2019un public respectueux et fid\u00e8le\u2026 Cette chance insolente a eu un prix, parfois lourd et douloureux, mais qui nous a conduits intacts jusqu\u2019\u00e0 cet \u00eelot inestimable d\u2019ind\u00e9pendance, de plaisir et de libert\u00e9, o\u00f9 les rencontres artistiques et humaines ne sont entach\u00e9es d\u2019aucun faux-semblant, o\u00f9 chaque instant qui passe est le plus pr\u00e9cieux de tous\u2026<\/p>\n<p>Il me reste la force, le d\u00e9sir, la passion.<\/p>\n<p>Tu traverses une temp\u00eate dont les racines et la puissance sont insondables. La disparition progressive de tes supports mat\u00e9riels te fait vaciller sur tes bases, internet te chatouille, et cette fois tu ne t\u2019en sortiras pas avec des recettes de cuisine interne et des succ\u00e8s providentiels\u2026 Il va falloir ouvrir les oreilles au d\u00e9veloppement durable de la rel\u00e8ve et \u00e0 la biodiversit\u00e9 des styles, offrir une vitrine \u00e0 la d\u00e9mesure du talent qui foisonne en r\u00e9gions, retrouver l\u2019\u00e9quilibre entre le d\u00e9lire m\u00e9diatique et le mur du silence\u2026<\/p>\n<p>Les artistes seront toujours les piliers du temple. Certains auront p\u00e9ri sous des flots d\u2019incoh\u00e9rence, d\u2019autres seront naufrag\u00e9s sur des plages in\u00e9dites. L\u2019Arche de No\u00e9 des Festivals, des producteurs ind\u00e9pendants, des home-studios, des radios locales et des petits lieux jouera son r\u00f4le de p\u00e9pini\u00e8re de talents, face aux Titanics, aux Prestiges et aux Amoco Cadiz qui continueront \u00e0 d\u00e9river sur les mers du monde, les yeux riv\u00e9s au ciel \u00e0 la recherche d\u2019une nouvelle \u00e9toile g\u00e9ante\u2026<\/p>\n<p>Ne laisse pas passer cette occasion de montrer ta richesse, la vraie, celle qui fait d\u2019un couplet-refrain l\u2019image de toute une \u00e9poque, celle qui t\u2019a fait aimer la chanson pour ce qu\u2019elle est : un morceau de r\u00eave compos\u00e9 par l\u2019amour d\u2019un seul pour le bonheur de tous\u2026<\/p>\n<p>Assis devant le pommier de Claude Dejacques, je contemple les fruits de ce jardin secret, comme la moisson d\u2019une vie.<\/p>\n<p>Je t\u2019aime jusqu\u2019au bout de la route\u2026<\/p>\n<p>Yves<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab J\u2019ignorais que c\u2019\u00e9tait ma vie<\/p>\n<p>J\u2019ignorais mais j\u2019avais envie<\/p>\n<p>De chanter pour que tu sois fi\u00e8re de m\u2019avoir choisi\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>(Hommage au passant d\u2019un soir)<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur les sillons grav\u00e9s de tes jardins secrets, m\u00fbrissent les plus beaux fruits de mon verger, et le diamant qui&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"rop_custom_images_group":[],"rop_custom_messages_group":[],"rop_publish_now":"initial","rop_publish_now_accounts":{"facebook_10222809492399760_447542911964690":"","twitter_361935561_361935561":""},"rop_publish_now_history":[],"rop_publish_now_status":"pending","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-12","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.yvesduteil.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}